Episode 1

J'étais seule chez moi, papa et maman travaillaient, mon petit frère était chez un copain, les vacances se terminaient dans quatre jours et j'étais évidemment en retard dans mon boulot : littérature, philo, histoire, j'avais du pain sur la planche. Le seul individu qui aurait pu me gêner dans ma tâche était ma chienne, couchée en boule sur mon lit.


Je travaillais donc à mon bureau, plongée dans des révisions de philo, la conscience et son tra-la-la, quand, soudain, la sonnerie de l'interphone a résonné, je n'attendais personne, qui cela pouvait-il bien être ? Je suis allée répondre :
_ « Oui ?
_ C'est Marc !
Marc ? Je ne connaissais aucun Marc !
_ Marc... qui ?
_ Ben, Marc ! Ouvre, Alex', c'est moi !
Mais comment il savait mon nom, celui-là ?
_ Mais qui êtes vous ?
_ Alexandra, arrête ton cinéma, il pleut dehors, je suis trempé et il gèle ! Ouvre s'il te plaît.
Bon, ok, j'ai ouvert. De toute façon, il lui faudra encore trouver la porte de l'appartement...



Un petit détour par la salle de bain pour vérifier mon apparence : comme tous les jours, je m'étais maquillée, même si je n'avais pas prévu de sortir, ni de voir du monde. A part mes cheveux qui auraient mérité un shampoing et une tache sur mon jean, ce n'était pas trop catastrophique. Et puis, ce type, je ne le connaissais même pas, alors qu'est-ce-que ça pouvait bien lui faire que je ressemble à Angelina Joli ou à Jane perdue en pleine jungle ?


« Toc-toc-toc ! » Ah ! Le voilà... Il avait trouvé l'appartement rapidement, c'était bizarre...
J'ai regardé par la lorgnette, dernier moyen d'identifier mon interlocuteur. J'ai vu un mec, taille moyenne, brun, les cheveux mouillés et en bataille mais plutôt mignon. Il ne portait pas de pizza ou de bouquet de fleurs, l'hypothèse du coursier tombait à l'eau. En plus, il semblait avoir le même âge que moi. Bon, j'allais bien voir, quoiqu'il en était, c'était vraisemblablement trop tard pour le laisser sur le pas de la porte. J'ai ouvert.
_ Oui ?
_ Eh ben alors, qu'est-ce-qui t'as pris tout à l'heure ? Tu trouves ça drôle de me laisser attendre sous la pluie ?
Il est venu vers moi et me prit dans ses bras.
_ Oh oh ! Tout doux ! ai-je dit en m'échappant, effrayée.
_ Mais qu'est-ce que t'as aujourd'hui ? T'es malade ? T'as peur de me passer tes microbes ? dit-il en riant.
Ok, il était encore plus mignon que derrière la lorgnette, mais il ne fallait pas exagérer ! Je n'étais pas une de ces filles qui tombaient dans les bras du premier beau mec venu ! Il commençait à m'énerver avec ces airs de celui qui me connaissait depuis toujours !
_ Bon, qui es-tu d'abord ? Comment tu connais mon prénom ? Et qu'est-ce que tu veux ?
_ Tu veux jouer à ce jeu-là ? D'accord ! répondit-il avec un petit sourire. Alors je suis Marc, je t'ai rencontrée au lycée il y a environ trois mois et je suis venu te dire bonjour et surtout te proposer un ciné pour ce soir. Ca te va comme réponse ou tu veux que je développe ?
Tout en le fixant du regard, je réfléchissais...Marc, le lycée, non, rien à faire, je ne voyais pas de qui il s'agissait. Aucun Marc dans ma bande de potes. Je m'en serais souvenu quand même !
_ Euh, oui, je veux bien que tu développes. On s'est rencontrés comment ?
_ Ouh la ! Laisse-moi deux minutes de réflexion, tu veux bien ?
_ Oui, oui, répondis-je au bord de la crise de nerf. Je suis allée dans ma chambre m'asseoir sur mon lit pour éviter de m'évanouir sur le sol. Il me suivit et s'assit juste à côté de moi, un peu trop près d'ailleurs...
_ C'est Lucie qui nous a présentés à la rentrée. On se croisait dans les couloirs et quand je lui disais bonjour. Un jour, j'ai demandé à Lucie ce qu'elle faisait le samedi suivant – Tu m'arrêtes si je me trompe, hein ?
_ Pas de problème jusque là... ai-je dit avec un grand sourire. (Mais d'où elle sortait cette histoire ? Lucie, Lucie, celle de ma classe ?! Et lui qui continuait...)
_ ...et comme elle était prise, elle m'a répondu que, toi, t'étais sûrement libre. Alors je t'ai demandé si ça te disait d'aller au cinéma et... et voilà ! Tu te rappelles maintenant ? C'est à croire que la scène se répète, mais ça te dit un ciné pour ce soir ?
_ Ben euh, je sais pas. Tu veux bien attendre deux minutes ? Je reviens tout de suite ! »


J'ai attrapé mon portable et je suis allée dans les toilettes. Un petit coup de fil à ma meilleure amie et je devrais y voir plus clair. Pourvu que Marc ne m'entende pas, c'est tout ce que je souhaitais !
_ « Allo ?
_ Ninon, c'est toi ?
_ Oui, en personne !
_ C'est Alex' !
_ Je t'avais reconnue merci.
_ Dis, faut que tu m'aides là ! Tu vas sûrement pas me croire, mais il y a un certain Marc dans ma chambre, il prétend qu'on s'est rencontrés par l'intermédiaire de Lucie, je ne sais même pas si on parle de la même Lucie, il semble me connaître parfaitement mais moi je ne me souviens de rien du tout !
_ Alex', tu te sens bien ?
_ Oui, je sais, ça parait dingue, mais c'est la vérité, je te le jure ! Alors à toi non plus, Marc, ça ne te dit rien ?
_ Alexandra, MARC EST TON MEC, celui dont tu me rabats les oreilles depuis trois mois tellement il est beau, intelligent et gentil !
_ ...
_ Alex' ? Alex' ? Alexandra, tu m'as entendue ?
_ Oui, oui... mon mec, tu dis ?
_ Oui, ton copain, ton chéri, ton ange, ton canard, ton lapin, ton tout-ce-que-tu-veux. Le garçon que tu aimes pour faire court !
_ Oh mon dieu !
_ Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
_ Ninon, on a un énorme problème.
_ Quoi ? T'es enceinte ?
_ Mais non !! JE NE ME SOUVIENS PLUS DE RIEN !! Je ne me souviens plus de son existence !!
_ Tu me fais marcher là ?
_ Ninoooon !!
_ D'accord, d'accord, tu ne me fais pas marcher. Euh, ben, que veux que je te dise ? Il s'appelle Marc, tu l'aimes, comble du bonheur il t'aime, et... c'est beau l'amour !
_ ...
_ Ok, ce n'est pas drôle. Mais dis-moi ce que je dois dire ! Tu ne te souviens absolument de rien ?
_ Oui, je ne savais pas que j'avais un copain jusqu'à il y a... un quart d'heure ! Marc comment ?
_ Marc Dubois.
_ Age ?
_ 17 ans. 18 dans un mois, je crois.
_ Date de naissance ?
_ Aucune idée ! Ca, tu ne me l'as pas dit !
_ Situation familiale ?
_ Euh... une petite s½ur.
_ Son prénom ?
_ Alice, je crois.
_ Il est dans quelle classe ?
_ En terminale S3, mais je ne vais pas faire sa fiche d'identité par téléphone. Tu es où ? Et lui ?
_ Je suis dans les toilettes. Il m'attend dans ma chambre.
_ Vas le rejoindre, fais comme si tout était normal, et j'arrive tout de suite.
_ Et s'il cherche à m'embrasser, qu'est-ce-que je fais ?
_ Laisse-toi faire. Tu ne cesses de me répéter qu'il embrasse comme un dieu... Et je reprends ton expression !
_ Oui, et puis, peut-être que ça va tout faire revenir ?
_ Oui, allez courage Alex' ! Dis-toi que c'aurait pu être pire comme situation. Me retrouver du jour au lendemain avec un mec dans ma vie, je ne dis pas non ! J'arrive. »

# Posté le vendredi 26 octobre 2007 12:17

Modifié le vendredi 26 octobre 2007 12:48

Episode 2

Je ne retournais dans ma chambre qu'à moitié rassurée.
_ « Alors, Alex', tu te sens mieux ?
_ Oui, ça va mieux. Enfin, un peu, ai-je dit en m'asseyant à côté de lui mais toujours en maintenant une distance de sécurité.
_ Il vaut peut-être mieux qu'on annule pour ce soir, non ? Si tu préfères, on peut passer la soirée chez moi. Mes parents sont partis pour le week-end. On sera plus tranquilles.
_ Marc, écoute...
_ D'accord, d'accord, pas de soirée tranquille non plus ! m'interrompit-il en me prenant dans ses bras. J'avais envie de passer un peu de temps avec toi avant de reprendre les cours et leur rythme effréné, mais, tant pis, ce n'est pas grave.
Une pointe de déception se sentait dans sa voix. Je commençais à m'en vouloir. Comment avais-je pu l'oublier ?
_ Qu'est-ce-que tu faisais avant que je ne vienne te déranger ? reprit-il ?
_ Je travaillais.
_ Comme d'habituuuuuude, chantonna-t-il en riant.
_ Oui, et j'ai encore beaucoup de boulot, alors... ai-je répondu en me dégageant de ses bras.
_ Alors... quoi ? Tu veux que je m'en aille ? Mais qu'est-ce-que tu as aujourd'hui ? Tu n'es pas dans ton état normal. C'est la première fois que tu me vires comme ça ! Qu'est-ce-qui se passe ?
Oh la, Marc commençait à s'énerver, c'était exactement ce que je cherchais à éviter...
_ Mais rien, je suis fatiguée, c'est tout.
_ C'est à cause de la soirée d'hier ?
_ La soirée d'hier ?! (De quoi il parlait ? Je regardais la télé hier soir !)


« Driiiing » Ouf ! Sauvée par Ninon !
_ Tu m'attends ? Je reviens, c'est Ninon, ai-je dit à Marc.
J'ai ouvert la porte de l'immeuble via l'interphone et attendu que Ninon monte.


Ah ! La voilà !
_ Enfin ! Je ne sais plus quoi faire, je suis complètement perdue !
_ Calme-toi ! Un trou de mémoire, ça se soigne !
_ Ninon, il ne s'agit pas d'un simple trou de mémoire. Dis-moi où j'étais hier soir.
_ Hier-soir ? Avec nous, au 3D.
Marc nous a rejointes dans le couloir.
_ Ah ! Salut, Marc ! Comment ça va ?
_ Moi, je vais très bien. C'est à Alexandra qu'il faut poser la question, répondit-il.
_ Oui, en effet. Et c'est pour ça que je suis là, dit Ninon, gênée.
_ Tu as des dons de guérisseuse ? Tu caches bien ton jeu, dit-il en riant.
_ Non, non, a répondu Ninon, C'est un peu plus compliqué que ça. Je lui dis ? m'a-t-elle demandé.
_ Oui. Je pense que c'est mieux. Marc, autant te prévenir tout de suite, ça semble complètement fou, mais il faut absolument que tu me croies.
_ Ok, dites-moi ce qui se passe, vous me faites peur là !
_ Vas-y Ninon.
_ Bon ! Tout d'abord, assis-toi, tu risques d'avoir un choc et je n'ai pas envie d'appeler le Samu pour cause d'évanouissement ou pire, crise cardiaque. Alors, voilà... Alexandra ne se souvient de rien.
_ Comment ça, « de rien » ? Explique-toi !
_ Eh bien, elle ne se souvient pas de t'avoir rencontré.
_ Hein ?! Vous me faites marcher, les filles ? C'est tout à fait votre genre de blague !
_ Non, Marc, on est très sérieuses, ai-je dit. En fait, je ne me souviens pas de toi. Avant que tu ne débarques chez moi, je ne savais pas que tu existais, et encore moins qu'on sortait ensemble !
Marc nous fixait des yeux, l'une après l'autre, comme s'il cherchait à lire sur nos visages s'il devait nous croire ou non.
_ Bon, admettons que vous disiez la vérité, dit-il après quelques secondes de silence, vous avez une solution ?
_ Attendez, ce n'est pas tout, ai-je reprit.
_ Quoi ? Qu'est ce qu'il y a ?
_ Tu me disais tout à l'heure que j'ai passé la soirée avec vous au... Où déjà ?
_ Au 3D ! On y va une fois par mois, tu sais bien !
_ Non, justement. Là aussi c'est le trou noir. Hier soir, j'étais chez moi, je regardais la télé. Je peux même vous le prouver, j'ai regardé le Symphonic Show sur France2. Allez-y, vérifiez dans le programme TV !
Marc a attrapé le magazine posé sur mon lit, et a ouvert la page du samedi.
_ France2, 20h50, Symphonic Show présenté par Daniela Lumbroso, lit-il à voix haute. Oh non !
_ Montre ! dit Ninon, en lui arrachant le magazine des mains. Elle a jeté un coup d'½il, et a dit :
_ Mais ce n'est pas possible ! Tu étais avec nous hier ! Je suis venue te chercher à 21h, et on a retrouvé Marc devant le 3D. Tu deviens complètement folle, ma pauvre Alex' ! Ou alors tu n nous racontes n'importe quoi depuis le début !
_ Mais non, je ne vous mens pas ! Il faut que vous me croyiez ! Moi aussi, je n'y comprends rien !
Je me suis effondrée en pleurs sur le lit. Ma meilleure amie me regardait avec mépris.
_ Oh ! Arrête, ça suffit ! a- t'elle reprit. Tu nous prends pour des débiles ou quoi ? Tu ne sais pas comment te débarrasser de Marc, alors t'inventes cette histoire de trou de mémoire ! T'aurais pu trouver mieux. Je n'y crois pas une seconde !
Marc m'a regardée, interdit.
_ C'est vrai ce qu'elle dit ? Tu veux rompre ?
Je me suis redressée, les yeux pleins de larmes.
_ Mais non, je sais pas... Je vous jure que je vous dis la vérité ! Ninon...
_ Quoi ?
_ Il faut que tu me croies !
_ Ah ouais ?! C'est trop gros, ton histoire ! Tu divagues complètement, Alex' ! Ne compte pas sur moi pour marcher dans tes combines !
_ Mais tu m'as bien crue au téléphone ! Sinon, tu ne serais pas là !
_ Tu m'avais juste dit que tu ne te rappelais pas de Marc, pas de la soirée d'hier ! Et je pensais que tu voulais lui faire une blague ! Mais là, tu vas trop loin !
Marc s'est levé.
_ Arrêtez, les filles ! C'est la première fois que je vous vois dans cet état-là. Vous vous fâchez pour des bêtises.
_ Tu la croies ? lui a demandé Ninon, le regard posé sur moi.
_ Je ne sais pas, a-t'il répondu, mais ça ne vaut pas le coup de vous insulter comme ça.
_ D'accord, arrêtons nous. Je m'en vais, a dit Ninon, toujours en colère.
Elle s'est précipitée vers la porte d'entrée et l'a violemment refermée derrière elle.


_ Alexandra, dis-moi la vérité, a repris Marc, tendrement. Est-ce que tu veux rompre ? Ne me mène pas en bateau, je déteste ça.
Je ne souhaitais qu'une chose : qu'il disparaisse de ma chambre, de ma vie par la même occasion, et que tout redevienne comme avant. Tant pis pour son petit c½ur.
_ Oui, je préfère qu'on rompe.
_ Ok. J'imagine que tu n'as aucune explication à me donner ?
_ Tu imagines bien.
_ Alors... à bientôt Alexandra. »
«A bientôt ». Mais bien sûr. Il était hors de question que je le recroise.
Il est sorti de ma chambre, après avoir hésité à m'embrasser une dernière fois.
« Vlam ». Bon débarras.
Il ne me restait plus qu'à me réconcilier avec Ninon.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 27 octobre 2007 17:12

Episode 3

« Boum boum boum ! » « Alexandra, debout ! »
_ « Mmmm, arrête ce tapage, Marc ! »
« Marc ? C'est qui celui-là ? Dépêche-toi, Alex' ! »
J'ai ouvert les yeux, tout doucement.
_ « Marc ? »
J'étais dans ma chambre, confortablement blottie entre mes draps, le réveil indiquait 7h15, l'heure de me préparer à aller en cours. Marc, Ninon, tout cela n'était donc qu'un rêve ? Non, pas Ninon ! J'allais bel et bien la voir au lycée, comme tous les jours depuis trois ans. Oh ! Faites qu'elle ne soit plus en colère !


7h25. J'avais tout juste le temps de passer sous la douche avant de courir chercher mon bus. Jean, tunique, ballerines, un rapide coup de brosse dans les cheveux, une barre de céréales à la main, mon sac dans l'autre, « à ce soir tout le monde ! ».
7h40. Ouf ! J'ai aperçu mon bus, il n'était pas encore parti. J'ai grimpé à l'intérieur alors que le conducteur s'apprêtait à fermer les portes. Le regard que je lui lançais était plein de gratitude : comme tous les matins, il avait eu la gentillesse d'attendre le dernier moment avant de quitter son arrêt et de continuer sa route. Je me suis assise sur le seul siège disponible pour déguster mon petit-déjeuner : la barre de céréales prise au vol et une bouteille d'eau. Hum, une rapide visite à la boulangerie avant le début des cours s'imposait ou mon estomac ne se gênerait pas pour exprimer son mécontentement en plein milieu des thèses philosophiques imaginées par Descartes.


Arrivée au lycée, un pain au chocolat à la main, j'ai rejoint ma salle. Ninon était déjà installée, et comme d'habitude, la place à côté d'elle était libre.
_ « Salut, dis-je, persuadée de recevoir en guise de bonjour une des piques dont Ninon raffolait dans ses moments de colère.
_ Coucou ! Bien dormi ?
_ Euh... oui. Tu ne m'en veux plus ? demandai-je, encore inquiète.
_ T'en vouloir ? Pourquoi ? Quelle grosse bêtise a bien pu faire la gentille Alexandra pour que je lui en veuille ?
Un sourire ironique inondait son visage. Ninon la rigolote ne semblait pas avoir cédé sa place à Ninon la peste.
_ Oh rien ! dis-je en m'effondrant sur la chaise à côté d'elle. Je crois que j'ai fait un mauvais rêve.
_ Ahh, tu as rêvé qu'on se disputait et tu pensais que c'était vrai. Tu me déçois... dit-elle gentiment.
_ Mais ça semblait si réel ! Et ce n'était pas seulement une simple dispute entre copines. Il y avait aussi ce garçon, Marc...
_ Marc ? Jamais entendu parler ! Tu me fais des cachoteries ?
_ Non ! répondis-je en riant. Il était censé être mon petit ami, alors que je ne le connaissais pas. Je ne sais même pas si je l'ai déjà croisé dans la vraie vie.
_ Il est bizarre, ton rêve... Mais, chut, retour à la réalité, Alex', voilà la prof !
_ La réalité ? Alors qu'on va l'écouter parler pendant deux heures des hypothèses métaphysiques de Descartes sur l'âme ? Tu te moques de moi ! » chuchotai-je en riant.


A la fin de la journée, la main engourdie de prendre des notes, Ninon et moi sommes descendues à nos casiers respectifs.
_ « Alors, ce Marc, à quoi il ressemblait ? reprit Ninon. Il était mignon au moins ?
_ Oui, très mignon. Grand, brun, il portait un casque de motard...
_ Bref, le mec idéal ! dit-elle en m'interrompant. Alors, Alex', ne te fais pas d'illusion. A la question, est-ce que tu l'as déjà vu dans « la vraie vie », comme tu dis, la réponse est non.
_ Oui, sûrement. Cependant, tu ne m'enlèveras pas de la tête que c'était un rêve étrange. Je sais bien que les rêves donnent toujours une impression de réalité, mais cette fois-ci, ce n'était pas qu'une simple impression. Il avait vraiment quelque chose de réel.
_ Mais bien sûr... », ironisa une fois de plus Ninon.
Elle ne me croyait pas. Pour elle, ce n'était qu'un rêve parmi tant d'autres, qui ne méritait même pas d'être le principal sujet de conversation de toute une journée. Pourtant, il m'était impossible de me résoudre à cette idée.


J'y pensais toujours en montant dans le bus qui me ramenait chez moi. Je ne comprenais pas que mon subconscient me fasse vivre – vivre, et pas seulement imaginée – l'oubli complet de l'existence d'un petit ami. Etre célibataire ne m'ennuyais pas ; ce rêve ne pouvait pas tout simplement révéler un manque affectif, ce dont Ninon avait voulu me persuader toute la journée. Et cette sensation de réalité, comme si je n'avais pas vraiment dormi...
Il m'était difficile de me concentrer sur mes devoirs et les révisions pour le bac, mes pensées ne cessaient de revenir à ce qui me préoccupait vraiment.
En milieu de soirée, alors que je cherchais à me détendre, allongées sur le lit, cette fatigue qui ne m'avait pas quittée de la journée a pris le dessus et m'a emportée au pays de Morphée...

# Posté le samedi 27 octobre 2007 17:18

Modifié le dimanche 28 octobre 2007 12:58